Spécial 20è anniversaire

de la Résolution 1325

message de la presidente du mouvement inamahoro

dr. marie louise baricako

Les femmes burundaises se joignent au reste du Monde pour la célébration du 20 ème anniversaire de la Résolution 1325 sur les femmes, la paix et la sécurité.   

 

La résolution 1325 est une résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies  votée le 31 Aout 2000, il ya donc de cela

20 ANS.  C’est la première résolution de ce genre qui évoque non seulement l’impact disproportionné qu’ont les conflits sur les femmes mais aussi leur rôle dans la résolution des conflits et dans la consolidation de la paix, même si ce rôle est souvent sous-estimé par les autres acteurs.  Outre le cas du Burundi, qui était d’actualité en ce moment , les expériences vécues dans les pays ayant connu des conflits meurtriers comme l’ex Yougoslavie , le Rwanda , la Sierra Léone , le Liberia , ainsi que d’autres zones de conflit ont  largement inspiré la naissance de la Résolution 1325 , qui a fondamentalement changé l’image des femmes dans les situations de conflit  ,  de celle de victimes à celle de participantes œuvrant activement au maintien et à la consolidation de la paix ainsi qu'aux négociations.

Cette résolution appelle donc les Etats et d’autres acteurs impliqués dans les résolutions des différents conflits à reconnaitre ce rôle et à donner aux femmes la place qu’il faut pour qu’elles puissent donner leur contribution que les nations Unies estiment incontournable si on veut vraiment faire régner la paix dans nos pays.  Cette résolution repose sur trois piliers qu’on qualifie de 3 P : la prévention et la protection contre les actes de violence pendant les guerres et d’autres situations de conflits et la participation dans les sphères de prise de décisions y compris dans les processus de paix.

 Cette résolution a été suivi par d’autres pour renforcer ces trois piliers et ensemble les 10 résolutions déjà votées depuis 2000 constituent l’ AGENDA  FEMMES  PAIX ET SECURITE.

Les femmes burundaises attachent beaucoup d’importance à cette résolution pour plusieurs raisons:

1.    Elle a été votée deux mois après la signature de l’Accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation et l’expérience des femmes burundaises dans les négociations d’Arusha ainsi que les différentes activités organisées sut terrain ont participé à documenter la rédaction de la Résolution 1325. Pour rappel, les hommes burundais n’ont pas vu d’un bon œil la volonté très affichée des femmes de vouloir participer aux négociations de paix. Un des hommes politiques n’a même pas hésité à dire Que « notre place se trouve au lit et à la cuisine » ou encore « Les négociations n’est pas un jeu d’enfants » (Si aho gutuma umwana). C’était trop osé devant des hautes personnalités en l’occurrence Madame Ruth Sando Perry , ancienne Présidente du gouvernement de transition au Liberia , une des facilitatrices dans les négociations inter-burundaises .  Sidérée, cette dernière lui a demandé de s’excuser et il l’a fait malgré lui.

Pendant cette période des négociations, la résolution 1325 n’était pas encore là pour nous aider dans notre plaidoyer mais nous avons utilisé d’autres mécanismes comme la Convention contre l’élimination de toutes formes de discrimination à l’égard de la femme (CEDEF ) qui rappelle aux Etats qu’ils doivent bannir toutes formes de discrimination à l’égard de la femme.  On pouvait aussi évoquer la plateforme d’action de Beijing issue de la 4 ème conférence des femmes à laquelle le Burundi a participé et qui appelle à la prise en compte des femmes dans  tous les aspects des processus de paix   mais ce plan d’action n’était pas encore largement vulgarisé au niveau du Burundi .

Malgré les obstacles et grâce à la précieuse appui du médiateur dans le conflit inte- burundais ,  le Président  Nelson Mandela  ainsi que les autres organisations des femmes comme Femmes Africa Solidarité et UNIFEM ( Aujourd’hui ONU FEMMES ) ,  la délégation des femmes a  fait un travail extraordinaire : faire pression pour qu’il y ait un cessez le feu pour  que les négociations  se passent dans la sérénité , et influencer la prise en compte du genre dans l’Accord d’Arusha  et surtout un quota minimal  de 30% de participation des femmes dans les institutions de transition et post transition.

 

2.   Cependant la résolution 1325 est venu en temps utile comme outil de plaidoyer pour l’implication des femmes dans la mise en application de l’Accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation. Et parmi les pays africains, le Burundi a été parmi les 15 premiers à adopter un plan d’action national de la Résolution, affichant ainsi sa domestication réelle au niveau natinal.

3.  L’histoire du Burundi comme souvent ailleurs dans les pays qui ont connu des conflits, nous révèle que la lutte pour la paix nécessite une vigilance permanente car à tout moment le pays est susceptible de basculer encore dans la violence. Et c’est ce qui est arrivé malheureusement dans notre pays avec la crise de 2015 alors que quelques années plutôt on croyait la hache de guerre complétement enterrée. L’Accord d’Arusha pour la paix et la Réconciliation durement négocié avait créé un climat d’apaisement dont les burundaises étions fières, car nous y avons pris part et la participation dans sa mise en application n’était que satisfaction.  Comme dans les crises précédentes, la crise de 2015 a emporté des vies humaines, d’autres ont emprunté le chemin de l’exil. Militer pour la paix est devenu un risque car pour la plupart des fois, vous vous heurtez aux intérêts des gens souvent puissants qui peuvent retourner leur puissance contre vous. Mais doit on baisser les bras pour autant ? Ne pas parler de la résolution pacifique des conflits, ne pas parler de la justice pour tous, de la bonne gouvernance ou l ‘Etat de droit ? Ou ne pas réclamer notre place et rôle dans la résolution des conflits ?  Non, car c’est même pour quoi la Résolution 1325 existe pour nous y encourager. C’est elle qui nous donne la force de continuer à nous battre.  

4 . Aujourd’hui que nous célébrons le 20eme anniversaire de la Résolution 1325, nous pouvons nous féliciter d’avoir contribué à sa naissance, nous l’avons adopté, elle nous a servi, elle fait partie de nous. Même pour celles qui sont en exil, nous pouvons nous féliciter pour notre résilience et pour notre volonté de ne pas baisser les bras, de rester debout, avec un espoir que demain ou après-demain, la paix règnera encore une fois au pays et que tout le monde pourra en jouir.

Je rends hommage à toutes les femmes burundaises, qui depuis 1993 sont sur le front de la paix, de la réconciliation, de la cohabitation pacifique, de la médiation des conflits communautaires. Plusieurs noms défilent dans ma tête, ces femmes sont présentes dans toutes les provinces du pays, elles sont des forces tranquilles mais agissantes.  Je peux affirmer sans risque de me tromper que des situations catastrophiques ont pu être évitées, des cœurs ont été apaisées, grâce aux interventions des femmes.  Leurs témoignages sont tellement riches qu’il est difficile de les raconter dans ce quelques lignes. A titre représentatif, je rends hommage à Goreti et Schola de DUSHIREHAMWE, à Dorothée (DOROTEYA) et Georgette de KINAMA, à Marianne de RUTANA, à toutes les femmes du Réseau des Femmes Médiatrices et à toutes celles qui leur ressemblent dans la mise en œuvre de l’agenda Femmes Paix et Sécurité au Burundi. Je n’oublie pas de célébrer le Collectif des Associations et Ongs féminines du Burundi (CAFOB), qui a joué un rôle important dans la mobilisation des femmes pour la paix après la crise de 1993 et dans le processus de paix d’Arusha et qui tient toujours bon.  L’histoire de la Résolution 1325 est surtout la vôtre.

  

J’exprime ma reconnaissance à tous les partenaires qui nous ont accompagné dans ce voyage pour la paix au Burundi : ONUFEMMES, International Alert , Search for Common Ground , Femmes Africa Solidarité , Global Network for Women Peacebuilders et bien d’autres .

A vous tous et toutes qui croyez que « LA FEMME COMPTE POUR LA PAIX », joyeux anniversaire de la Résolution 1325.

Catherine Mabobori

Secrétaire Générale

Mouvement Inamahoro

MOUVEMENT INAMAHORO

Femmes & Filles pour la Paix & la Sécurité

Email: info@inamahoro.org

Phone: +250 786 183 114

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