La Résolution 1325 nous a trouvé à l'oeuvre

Quand la Résolution 1325 a été voté, les femmes burundaises étaient très avancées. Le secours aux personnes vulnérabilisées par la crise de 1993 était organisé par les femmes, l’encadrement de la jeunesse pour éviter qu’elle soit instrumentalisée par les politiciens était l’œuvre des femmes. Ici il y a lieu de rendre hommage aux femmes militantes de première heure comme feu Catherine MAJANGANYA et Elisabeth BARAKANFITIYE qui se sont battues pour la paix jusqu’à leur dernier souffle, et bien d’autres qu’il serait impossible d’énumérer toutes ici.

A cette époque et les années qui ont suivi, Il y a eu une bonne collaboration entre les femmes en politique et les organisations féminines de la société civile. La Résolution 1325 nous a aidé à améliorer la législation en faveur de la femme.  Le Code Pénal burundais en est une illustration car il a bénéficié d’une grande synergie des femmes pour y apporter des amendements relatifs à la répression des violences faites aux femmes y compris le viol qui était auparavant considéré juste comme « attentat à la pudeur » 

« Aide-toi, le ciel t’aidera dit-on ». Notre engagement n’a pas passé inaperçu. Nous avons bénéficié d’un grand soutien d’éminentes femmes africaines qui sont venus au Burundi pour une mission de solidarité et d’encouragement sous les auspices de Femmes Africa Solidarité. Il s’agit entre autres de  Gertrude Mongella de la Tanzanie, de Madame Sando Ruth Perry de Libéria, de Betty Bigombe de Uganda et Madame Bineta DIOP du Sénégal.  Cette délégation a ouvert les yeux des autorités burundaises qui désormais ont commencé à voir que la voix de la femme compte. Une mention spéciale au Docteur Speciosa KAZIBWE de l’Uganda qui était Vice- Présidente de l’Ouganda et Présidente du Comité des femmes pour la paix et le Développent de L’OUA (organisation de l’Unité Africaine actuelle Union Africaine). Sur demande du Collectif des Associations et Ongs Féminines du Burundi (CAFOB), elle a facilité une rencontre des femmes burundaises de la diaspora et du Burundi avec le Président Museveni , qui était alors Président de l’initiative Régionale pour la paix au Burundi. Elle a même négocié auprès de l’Union Africaine un avion spécial pour prendre la délégation burundaise venant du Burundi. C’était la porte d’entrée pour se rendre à Arusha.

Témoin anonyme 

 

Si le dialogue était apaisant à Arusha (1998-2000), c’est en grande partie grâce aux femmes.

Elles étaient parvenues à se mettre ensemble pour parler d’une même voix. Lors de la crise de 1993, qui a suivi l’assassinat du Président Melchior NDADAYE, beaucoup de rencontres ont été organisées entre les femmes et dans tout le pays avec un seul objectif d’apaiser les cœurs qui étaient meurtris. Les femmes sont parvenues à briser les barrières de la balkanisation entre les hutus et les tutsis. Quand il devenait impossible de se rencontrer dans certains endroits, les femmes parvenaient à trouver des endroits neutres où se rencontrer et réunir leurs enfants.  Je me souviens des rencontres qui nous rassemblaient souvent   au cercle nautique de Bujumbura, je me rappelle des visites qui étaient organisées entre les femmes déplacées et les femmes qui étaient restées sur les collines,  je me rappelle des marchés improvisés entre Kamenge et Ngagara , entre Musaga et Nkenga Busoro , pour permettre aux unes et aux autres de s’approvisionner en produits qui leur manquaient et qu’ils ne pouvaient pas aller chercher dans des endroits balkanisés.  Quand les femmes ont rejoint les hommes à Arusha, elles ont amené cette riche expérience en matière de réconciliation et cohabitation pacifique. En cette matière nous avons des femmes qui sont des héros, qui sont malheureusement invisibilisées. Il est temps de leur faire un hommage mérité.  Ce sont des femmes comme Dorothée, Georgette, Jeanne, Léonie, Yvonne vivant dans les différents quartiers et qui ont joué un grand rôle dans le maintien de la cohésion sociale dans leurs communautés.

En 2014, nous avons vu la crise de 2015 venir et nous avons organisé au mois de décembre, une action d’alerte précoce en organisant collectivement une marche pacifique pour appeler les politiciens à éviter l’escalade vers la violence. Nous avons bénéficié du soutien de toutes les confessions religieuses en ce moment. Notre voix n’a pas été entendue car finalement la situation a dégénéré en 2015. A notre niveau, nous avions joué notre rôle de prévention.

Justine NKURUNZIZA          

 

La Résolution 1325 a été très utile lors de la négociation des cessez le feu et dans le cadre du Programme DDR (démobilisation, désarmement, réintégration)

Après la signature de l’Accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation, la Résolution 1325 a été très utile lors de la négociation des cessez le feu   et dans le cadre du Programme DDR (démobilisation, désarmement et réintégration). Certaines femmes ont même pris le risque d’aller rencontrer secrètement les chefs de guerre qui n’avaient pas encore déposé les armes. C’était par ailleurs une occasion de les sensibiliser sur l’existence de cette résolution et de plaider pour la prise en compte des besoins spécifiques des femmes dans le cadre du programme DDR et dans le cadre de la réforme du secteur de sécurité. Les femmes parlementaires dont je faisais partie on fait un travail formidable de lobbying pour que les nouvelles lois reformant les corps de défense et de sécurité puissent prendre en compte les questions liés au genre. N’eut été la Résolution 1325, cela n’aurait pas été possible car ce secteur a été trop longtemps la chasse gardée des hommes.

  Témoin qui préfère garder l’anonymat

 

 

 

Un espace sécurisé de dialogue suffit pour l’action des femmes !  

La Résolution 1325 est venue justifier et mettre la lumière aux contributions informelles mais effectives des femmes en matière de construction et consolidation de la paix !

Les femmes Burundaises n’ont pas attendu les mécanismes formels de réconciliation prévus dans l’Accord d’Arusha pour s’impliquer dans le processus de la vérité réconciliation. La crise de 1993 étant récente, le pays n’étant pas immense, tout le monde connait tout le monde, les gens connaissent qui a tué qui, qui a volé chez qui, et cela entrave la cohabitation.

A un certain moment, avec l’appui des organisations comme Centre de Paix pour les Femmes, Dushirehamwe  et CAFOB,  des femmes facilitatrices ont émergées dans plusieurs communes du pays et ont pris le devant pour faciliter le processus de réconciliation entre bourreaux et victimes ! A moins de six mois, la vérité était dite par les concernés mêmes, le pardon était demandé et reçu et une réparation collective, beaucoup plus symbolique était faite et les communautés ont guéri de leurs blessures et traumatismes. En tant que leaders, nous n’avions fourni qu’un espace de dialogue et un accompagnement technique, le reste était fait par les femmes à la base. Ce témoignage m’a fortement touché : «…je me sens libéré par ce pardon, et remercie le Seigneur ! Le sentier menant chez moi passe devant la maison de cette veuve dont j’ai tué les membres de la famille en 1993, chaque fois que j’y passe, je sens une lance transpercer mon dos jusqu’au cœur !  Je ne le sentirai plus, et même si l’on m’emprisonnait demain, je me sentirais en paix ! »

Malheureusement la crise de 2015 est venue saboter cette dynamique de réelle réconciliation. Nous espérons que le cercle des artisans de la paix continuera à s’élargir pour dire non aux divisions et aux violences.

Perpétue KANYANGE 

 

Sur les traces de nos ainées !

Je suis membre de l’Association pour la Promotion de la Fille Burundaise (APFB en sigle) depuis 2008  et la résolution 1325 a ouvert les yeux aux jeunes filles burundaises.  Nous avons aussi profité de l’expérience de nos ainés. En 2014 par exemple, nous avons mené une campagne de sensibilisation et de formation en consortium avec la SOFEPA (Solidarité des Femmes Parlementaires) , l’AFJO ( Association des Femmes Journalistes et AFRABU ( Association des Femmes Rapatriées du BURUNDI) sous le thème du renforcement du leadership féminin dans la prévention des violences électorales. Cette campagne a été menée dans les provinces de Makamba , Bururi et Mwaro. Notre objectif était de mobiliser les jeunes à refuser d’être exploités et instrumentalisés. Nous avions constaté que les filles étaient souvent sollicitées pour aller danser et jouer le rôle de protocole dans les meetings ou autres réunions politiques.  Ainsi, nous les avons sensibilisé pour qu’elles aillent avec une vision d’écouter ce qui se dit et de contribuer aussi aux discussions. Cela leur permettrait non seulement de se faire élire en sachant à quoi elles s’engagent mais aussi de demander des comptes aux futur.e.s élu.e.s. La crise de 2015 a brisé notre élan mais nous ne regrettons pas car les témoignages que nous avons récoltés nous apprennent que les jeunes sensibilisés ont eu une base solide leur permettant de sauvegarder la cohabitation pacifique dans leur communauté.

Nous avons aussi initié des groupements regroupant les garçons et les filles pour mener des activités génératrices de revenus à condition que les filles soient à la tête de ces groupements. C’était notre façon de les préparer à avoir la confiance en elles, l’autonomisation financière, ainsi, commencer à exercer le leadership dès le jeune âge en vue de sauvegarder la cohésion sociale. Le fait de travailler avec les ainées qui étaient familiers avec les instruments de promotion des droits de la femme dont la Résolution 1325 nous a été très utile. Je souhaite joyeux anniversaire à toutes les filles burundaises.

 Un membre de l’APFB (association pour la promotion de la fille burundaise)

 

Nous avons reculé de 20 ans

Je félicite toutes les femmes burundaises qui ont milité pour la promotion de la Résolution 1325 et d’autres lois en faveur de la femme. Aujourd’hui l’espace d’expression est trop fermé, la synergie qui a caractérisé les actions des femmes avant 2015 n’existe plus. L’environnement politique ne s’y prête plus et la plupart des femmes préfèrent se taire.  Pour moi, c’est dommage, car nous avons reculé de 20 ans.

Femme Anonyme vivant au Burundi

 

La protection contre les violences faites aux femmes y compris le viol n’est pas une affaire à rigoler.

Quand on parle de la protection des femmes contre les violences faites aux femmes y compris le viol, ce n’est pas une affaire à rigoler. Les victimes soufrent non seulement physiquement mais aussi psychiquement et psychologiquement. Les victimes souffrent en silence, elles ont du mal à en parler, elles perdent le goût à la vie, tout devient noir chez elles. Le Mouvement INAMAHORO, Femmes et Filles pour la Paix et la Sécurité, est allé à la rencontre de certaines d’entre elles vivant dans certains camps de refugiées. La plupart ont subi des viols avec violences extrêmes à leur domicile avant de fuir le pays ou en cours de route vers l’exil. Nous les avons accompagnés psychologiquement par l’écoute et le counseling, d’autres ont été suivi médicalement, souvent avec des interventions chirurgicales.  Compte tenu des moyens limités, seuls 25 Femmes ont bénéficié de notre assistance mais il y en a d’autres qui sont dans le besoin.

Nous sommes encouragées à poursuivre cette action qui a redonné le sourire et la joie de vivre à ces femmes. Nous aurions souhaité agir en guise de prévention ou protection de ces violences tel que cela est prôné par la Résolution 1325 mais à défaut, nous intervenons dans le cadre humanitaire et relèvement communautaire.

Geneviève KANYANGE